La libération par les soldats anglais…..The liberation by english soldiers

Le dimanche 10 novembre 1918, jour inoubliable, met fin à l’oppression, les 1ers soldats éclaireurs anglais arrivent dans nos communes. La ferveur populaire est immense. Les populations réservent un accueil aux libérateurs. C’est à qui aura honneur de les féliciter, de leur serrer la min, de les couvrir de fleurs. Les jeunes sautillent, les adultes clament, les vieillards pleurent.

L’enthousiasme devient délirant à la vue d’un avion, pavoisé aux couleurs tricolores qui survole en tournoyant le toit des maisons. Les cloches des églises sonnent à tue-tête et à n’en plus finir.

A Chièvres, l’effervescence baissa d’un ton quand vers 8 heures du soir, une batterie allemande qui s’était repliée dans le bois du Coucou à Attre, traversa la ville en tirant 52 obus par ci par là.

Les écoles, les couvents et bonneteries de la région sont de nouveau occupés mais cette fois par nos libérateurs.

Le lendemain, 11 novembre, un régiment écossais  pénètre en corps dans Chièvres, musique des « bag-pipe » en tête au milieu d’un enthousiasme délirant. Ils sont accueillis par le bourgmestre Emile Dooms et le sénateur De Bruycker qui prononcèrent des discours. En même temps, une dépêche annonce que l’armistice vient d’être signé… »Guerre finie, Guerre finie ». Ces vaillants libérateurs ont besoin de repos, on leur donnera satisfaction en les hébergeant un mois.

Le dimanche 17 novembre, les messes sont célébrées partout à la gloire de la patrie.

A Chièvres, à 9 heures 30, dans le salon de la rue St Jean, eut lieu l’office protestant, auquel assistèrent les soldats écossais, les officiels, les deux musiques de la ville, ainsi qu’une bonne partie de la population de Chièvres. Après cette cérémonie, tout le monde se retrouva à l’église St Martin où fut chanté en l’honneur du Roi Albert un Te Deum que prolongèrent « une Brabançonne », un « God save the Queen », une « Marseillaise » et un « Vers l’Avenir ».

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A deux heures et demie, nouvelle mobilisation : sur la place noire de monde, les écossais aux kilts vert bouteille, cornemuses en tête se livrèrent à une grande parade. Et pour la clôture, le Lieutenant Colonel Lord Dudley Gordon offrait à la ville de Chièvres le drapeau sous lequel le régiment « 5ème Gordon-Highlanders » avait combattu depuis 1915-un emblême où figurait en motif central une tête de cerf aux bois impressionnants que flanquaient un tigre et un sphynx évoquant les campagnes d’Inde et d’Egypte. Il faut malheureusement souligner que le fameux drapeau fut enlevé par les allemands, de l’hôtel de ville où il fut conservé, le lundi 20 mai 1940. En même temps d’ailleurs que l’antique drapeau de la confrérie de Saint Sébastien. Les troupes anglaises quittèrent Chièvres le 17 décembre au regret de la population qui avait espèré voir se prolonger l’occupation amie.

A Stambruges, les habitants offrent des spectacles aux anglais et les invitent à de grandes réceptions en guise de remerciement. Avec les habitants, les soldats de Sa Majesté jouent au football, une activité méconnue dans nos contrées, et au tir à la corde. La présence d’hindoux dans les troupes anglaises apportera une touche d’exotisme inédite. Côtoyer des anglais et des hindoux à cette époque constitue une expérience nouvelle.

Le 5 décembre 1918, le Roi Georges V d’Angleterre, en tournée d’inspection dans nos régions met pied à terre à Stambruges et à Basècles, sous les vivats de la foule et de ses soldats.

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King George V with Edward, Prince of Wales, Prince Albert and General Henry Horne walking through Stambruges, 5 December 1918.
2 photos montrant King Georges V défilant à la rue du Calvaire à Stambruges. Ses photos sont issues du site anglais : https://www.iwm.org.uk/collections/

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King George V; Edward, the Prince of Wales; Prince Albert; and General Henry Horne walking through Stambruges, 5 December 1918. Here the 175th Brigade was drawn up, under temporary command of Lieutenant Colonel Evelyn George Powell of the Grenadier Guards.

Le 11 novembre 1918 mit donc fin à quatre ans de conflit total.

Exsangues, les belligérants comptent leurs morts. Au total, les pertes civiles et militaires s’élèvent à 10 millions de morts auxquels s’ajoutent les millions de blessés et disparus.

Huissignies paya son tribut puisque deux des leurs perdirent la vie dans ces affreux combats.

                        Souvenons nous éternellement de Marcel Bernard et de Ludger Lapoulle!
Et aussi de Gaston Broquet, Gaston Villette, Georges Debeaumont, Edgard Gosselin, Léon Baugnies, Baugnies Eugène qui ont connu l’enfer des combats pendant 4 ans.
Sources: L’histoire de Ladeuze Abbé Demeuldre ; Beloeil à l’heure allemande 1914-1918 ASP Beloeil; Archives communales de Huissignies; Histoire de la ville de Chièvres (M Van Haudenard) 1933
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1918 chez nous et dans nos villages proches

Le 17 janvier 1918, arrivée d’une nouvelle batterie allemande; leurs chevaux sont d’une extrême maigreur, ne s’alimentant que de pommes de terre crues et de paille. Certains vont même jusquà manger leurs propres déjections.

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Le 4 février, les jeunes gens en âge sont réquisitionnés pour travailler dans des camps en Allemagne, en France ou en Belgique. En mai, Huissignies et Ladeuze compteront une 50aine de déportés.

3 déportés de Huissignies mouront en déportation : Ghislain Gaston, Van Hulle Oscar et Jaivenois Oger. Lefebvre Léon mourra peu après son retour.

Beloeil compte 49 déportés, la plupart en France ; 19 y perdront la vie.

La convocation des chômeurs de Beloeil ne se déroule pas sans une certaine résistance. Ainsi à Wadelincourt, 2 appelés au travail ne se présentent pas ; les allemands réagissent et encerclent le village pour emmener le reste des hommes.

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Le 9 mars à 6 heures 30 du matin, des détonations successives font croire à un violent combat d’aéroplanes. Les coups se font entendre plus serrés, plus intenses, un bruit d’enfer et le sol tremble. A l’est, d’énormes colonnes de fumées s’élèvent dans le ciel avec de temps en temps des gerbes de feu qui éclatent. Une odeur de soufre et de poudre se répand et les habitants ouvrent portes et fenêtres par peur de bris de vitres. On apprend dans le courant de l’avant midi qu’il s’agit de l’important dépôt de munitions allemandes de Mévergnies qui a été saboté et qui explose. 700 à 800 wagons subissent le même sort. Vers 11 heures, les coups se distancient et se raréfient.

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Le 17 mars, nouvelle réquisition de chevaux et une nouvelle batterie ennemie séjourne du 4 au 27 juin.

Le 11 août, les allemands achètent tous les chevaux de 1 et 2 ans pour 4 à 500 marks. Une nouvelle batterie allemande séjourne du 7 au 28 août.

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Dans nos communes, des évacués français qui font les frais de l’offensive allemande de la dernière chance, arrivent en nombre, principalement des zones de front du nord de la France.

Ainsi, le samedi 14 août, des cambrésiens expulsés se réfugient dans notre région avec meubles et bagages disposés sur des chars.

Le 31 août, une nouvelle batterie remplace la précédente et ce jusqu’au 5 octobre.

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Bon de ravitaillement local de 25 centimes valable jusqu’au 31 décembre 1918

Le 30 septembre, un courrier annonce l’arrivée de 750 évacués français à Beloeil.

Le 5 octobre, des réfugiés français d’Auberchicourt près de Douai débarquent du train. On cherche à les héberger chez nos citoyens mais la plupart logeront dans un premier temps dans l’église où l’on a recouvert le sol de paille. Malgré la situation humanitaire déjà critique, les évacués sont accueillis chaleureusement.

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Le 26 octobre, commence la pose des mines le long de la voie ferrée Ath-Blaton.

Le 27 octobre, une longue suite de chariots traînés par des bœufs et conduits par de jeunes français transportent le ravitaillement allemand ; au moment des arrêts, c’est le pillage des équipages, on y enlève conserves, farines, riz…tout convient. Passent aussi des troupeaux de vaches souvent atteintes de stomatite aphteuse,de moutons et de chèvres.

Quelques jours plus tard, a lieu le passage des prisonniers de toutes les nations alliées ; ils traînent et poussent des chariots lourdement chargés….la défaite de l’ennemi devient peu à peu inéluctable.

Le dimanche 28 octobre, par voie d’affiche, l’autorité allemande ordonne à tous les hommes de 17 à 35 ans, aptes à porter les armes à se rendre le lendemain matin sur la place à 6 heures trente. Le lundi matin, départ du groupe vers Soignies et là les hommes refusent d’avancer, ce qui provoque la pagaille et facilite l’évasion. Résultat, le 12ème jour, tous auront regagnés leur foyer.

Le 4 novembre, partout dans la région, les allemands préparent leur retraite en neutralisant les lieux stratégiques ; les poseurs de mines préparent leur œuvre de destruction, les points stratégiques choisis sont surtout les ponts sur la Hunelle et les ponts partout sur le tracé du canal d’Ath à Blaton. La nuit du 7 au 8, nos citoyens ne dormiront pas….la voie ferrée saute. Le lendemain, nouvelle nuit d’insomnie, les dernières troupes passent suivies de longues files de chariots.

Pendant la journée du 9 novembre, des mines font explosion à divers endroits du village de Ladeuze, les dégats sont effroyables néanmoins sans victimes humaines.

Ce sont les cadeaux d’adieu des troupes allemandes. Malgré l’étendue des désastres, la population ressent de la consolation, le soulagement. Nos citoyens se sentent enfin libres et ils se disent « A demain les alliés ».

En effet, les troupes anglaises libératrices commencent à arriver dans notre région le 10 novembre…..

Prochain article: la libération.

Sources: L’histoire de Ladeuze Abbé Demeuldre ; Beloeil à l’heure allemande 1914-1918 ASP Beloeil; Archives communales de Huissignies

 

 

 

Les seigneuries secondaires du village…dont surtout la « Seigneurie d’Hardempont »

Aux temps de la féodalité, c’est la SEIGNEURIE, qui demeura pendant des siècles l’organe essentiel de l’autorité locale.

Dans le Hainaut, terre d’abbayes et de chevaliers par excellence, restée féodale plus longtemps que les principautés voisines, le principe invariable sera : pas de village, pas de communauté rurale sans seigneur!  

Un village sans seigneur eut été un corps sans tête, une agglomération sans justice ni police et sans protection. Chaque village, à de très rares exceptions près, obéira à un seigneur, soit laïc soit ecclésiastique, jusqu’au moment où il sera organisé en un échevinage distinct.

Mais le système seigneurial variait à l’infini, même d’après les localités; les droits qui en dérivaient sur les terres comme sur les individus, différaient de village en village.

Une localité même d’importance minime, pouvait compter plusieurs seigneuries, soit foncières et justicières, soit simplement foncières, soit uniquement justicières. 

  • La seigneurie principale comprenait la ferme seigneuriale (ou le château ou castel) appelée la court ( Voir Rue de la cour à Huissignies!) avec ses dépendances (four,brasserie, moulin, chaumières des censiers des manses cad les terres dont ils payaient un cens). Tous étaient justiciables du seigneur représenté par son bailly ou mayeur; ce dernier formera peu à peu avec les censiers les plus notables, une cour centrale ou échevinage. 

         A Huissignies, au XVII et XVIIIème la seigneurie principale relevait de la cour féodale d’Arenberg; elle comprenait des terres, des près (214Ha en propriété sur les 600 Ha de la commune) et des communs. Le Duc d’Arenberg était donc seigneur d’Husseignies mais aussi seigneur de très nombreuses autres localités. La puissance de la noble famille d’Arenberg d’origine allemande était telle qu’elle était considérée comme étant « un état dans l’état ».

  • Le village ne formait pas un bloc homogène, il était enclavé de lambeaux de territoire appartenant à d’autres seigneuries dites secondaires qui étaient la possession soit d’abbayes, soit de personnalités laïques. Les biens y étaient, comme de coutume, exploités en concessions temporaires à bail par des tenanciers fermiers. 

Parmi ces seigneuries secondaires à Husseignies, on trouve:

  • La seigneurie d’Hardempont, appartenant au Chapitre Saint-Pierre de Leuze (Juridiction cléricale).
  • Le fief de Brugelette.
  • L’abbaye d’Ath.
  • Le Chapitre du Saint-Sépulcre de Cambrai (Greffe, chirographe de 1522).

La seigneurie d’Hardempont

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Sceau de la Seigneurie d’Hardempont

Hardempont, aujourd’hui partie de Ladeuze entre Chièvres et Grosage, fut dès les temps les plus lointains, le siège d’une seigneurie qui appartenait au Chapitre Saint-Pierre de Leuze. Les plus anciennes mentions de la Seigneurie du Chapitre de Leuze à Hardempont remontent au début du XVème siècle. Un acte du 15 février 1428 fait mention de différents biens que le monastère de Leuze possédait à Hunchegnies, Ladeuze, à Chièvres et sur les 2 Tongre. Le Chapitre jouissait de grands privilèges; féodalement il dépendait du comté du Hainaut; du point de vue spirituel il relevait directement du Saint-Siège.

Le Chapitre avait de droit un député aux états du Hainaut.

Cette seigneurie était à la fois foncière et justicière. Elle concédait l’exploitation temporaire de ses biens par bail, à des particuliers, cultivateurs libres. Il est toutefois difficile d’affirmer faute de preuve que la Seigneurie possédait toute justice sur ses enclaves de Husseignies. Le Chapitre de Leuze garda sa seigneurie d’Hardempont jusquà la révolution française. Il chargea un Bailly général de l’administration de ses terres et seigneuries. Les biens du Chapitre furent vendus comme biens nationaux en cinq séances en l’an VII (1799) et en l’an VIII (1800) de la république française.

Pour le spirituel, Hardempont avec tout le territoire de Ladeuze fut partagé pendant des siècles entre les 3 paroisses de Husseignies et des 2 Tongre et ce jusquà la construction d’une réelle église à Ladeuze en 1847.

La seigneurie d’Hardempont possédait des enclaves importantes sur le territoire de Husseignies:

  • En la couture dite du « Babechin« , elle comprenait sur jugement des échevins de Husseignies, toute une rue aujourd’hui nommée Rue Augustin Melsens.
  • Une autre à la « Grande kemoigne » (Rue de la Quemogne) (4 oct 1595, Archives paroissiales de Husseignies)
  • Une troisième sur le même jugement au lieu dit « de la Hounenne » (Rue Joseph Lison côté face à la maison de feu Florian Houx)

La principale seigneurie, mais aussi la Seigneurie d’Hardempont, avait son mayeur et ses échevins qui s’attribuaient « la connaissance de la franche vérité » bien qu’ils fussent obligés à aller au chef-lieu de Mons.

L’abbé Demeuldre dresse une liste des mayeurs et échevins de l’ancienne « loy d’Hardempont » depuis 1585.

En 1734, il cite Martin de Lestray mayeur, Joseph Du Quesne, Jean Delhaye, Martin Gosselin, Claude Moulin, échevins. La plupart des membres de cet échevinage habitaient dans les enclaves de Husseignies. Ils tenaient conseil communal d’Hardempont au café de « l’Hounenne » à la rue Joseph Lison.

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L’ancien café de l’Hounenne était situé à la rue Joseph Lizon en face de l’ex maison Florian Houx

L’annexion de la Belgique par la France en 1794 mit fin à l’organisation féodale de nos communes et ainsi devint naturellement obsolète l’organisation de nos villages par les seigneuries.

Sources: La seigneurie de Hardempont (Histoire et documents généalogiques) par Emile Dony, Charles Gendebien et l’abbé Demeuldre. Histoire de Ladeuze de l’abbé Demeuldre. Dictionnaire historique et géographique des communes du Hainaut. Histoire de Leuze (Petit), Archives paroissiales de Husseignies.

 

 

 

 

 

La Cense de la Tourette (2ème partie): L’après Dessuslesmoustier……

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La cense telle qu’elle apparaissait vers la 2ème guerre mondiale

  • Dans la liste du recensement des chevaux du village de Husseignies en 1735, suite à un ordre de recensement de l’empereur et Roy en Haynau :

Jacques Picart, censier de la cense de la Tourette déclare :

Un cheval hongre de poil noir, âgé de 8 ans, de 15 pouces de haut

Un cheval hongre de poil brun bay de 10 à 11 ans d’âge, de 15 pouces de haut

Une cavaille de poil brun bay de 7 ans 15 pouces de haut

Une cavaille de poil jaune 7 ans 15 pouces et ½ de haut

Une cavaille de poil brun bay 11 ans 15 pouces

Une cavaille de poil brun bay et raye noire 3 ans 15 pouces

Un cheval de poil brun bay 2 ans ½ 15 pouces

Une cavaille de poil jaune 1 an 14 pouces

Total : 8 chevaux….. ce qui pour l’époque, témoigne de l’importance de la ferme !

  • 1749 : Un obit fondé pour Jacques Picart et Anne-Marie Cambier sa femme et leurs enfants trépassés. Le dit Jacques Picart a fondé un salut des trépassés à dire le soir pour le repos de son âme et celle d’Anne-marie Cambier sa femme et enfants trépassés. Cette fondation est sur la maison, cense et héritage de Jacques Picart, tenant au chemin de Mons à Blicquy à Husseignies la dite maison de la Tourette. L’obit ne sera plus chanté après 1860. (Archives paroissiales de la cure d’Husseignies – Obituaire de 1917)
  • En 1759, rien que sur la juridiction de Ladeuze, 28 journels ½ appartiennent toujours aux héritiers Dessuslesmoustier tandis que le terrain du moulin à vent appartient au comte de Lannoy ; on ne fait pas référence au moulin même. La cense avec 10 journels appartient à Jacques de Lannoy. (Matrice cadastrale du plan Lebeau 1759)
  • En 1791, la cense serait propriété de la famille Dubreucq, héritière des de Lannoy.
  • En 1806, maison de la Cense la Tourette avec 2 hectares 61 ares 91 centiares : Vente par adjudication publique le 7 janvier 1806 à la requête de Jean-Baptiste Noeufret, maire adjoint de Lens et de Louis Delbouvrie, fermier à Neuville ; à titre de leurs épouses Catherine Dubreucq et Houvine Dubreucq. Demeurée sans enchère (Minute du Notaire Roucloux Archives de la ville d’Ath)
  • En 1846, la cense appartenait à Gilliot d’Ath
  • En 1853, André François achète la propriété de Gilliot et en 1859, il réunit à nouveau le moulin à vent dans le même patrimoine. Césarine Angélique André 24 ans de Husseignies marie Adrien François Bécart 28 ans de Quevaucamps. Témoins : Mathurin Grard et François Stampe.
  • En 1859, les parents d’Adrien Bécart achètent la ferme : François Philippe Bécart et son épouse Marie Catherine Dalieu de Quevaucamps sur recours public tenu par le notaire Lagneau d’Ormeignies en date du 25 mars 1859. Dans le langage courant, la Cense de la Tourette devient le ferme Bécart!
  • En 1863, la veuve Bécart François Philippe, propriétaire à Quevaucamps reçoit la cense avec un total de 3 Ha.
  • En 1864, sur le plan Popp, on lit : Bécart Adrien cultivateur possède en la section A à Husseignies la Cense de la Tourette :

Parcelles N°326 : Jardin / N°328a Maison/ 329a Verger/329b terre pour un total de 3 Ha.

Mais on trouve aussi : Adrien Bécart et consors de Queuvaucamps propriétaire du moulin à vent :

Parcelles 129 Terre/130 Verger/131 Jardin/132 Maison/133 Moulin à Vent/134 Terre sur 1Ha28ares

Nous retrouvons donc Adrien Bécart meunier au moulin à vent et propriétaire de la ferme issue du patrimoine de sa mère à la mort de celle-ci en 1881.

A noter une profonde restauration et une reconstruction partielle du corps de logis de la ferme en 1880.

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Ensuite, Emilie Bécart épouse de Léon André,fille unique d’Adrien Bécart deviendra propriétaire.

  • Le 22 décembre 1897, par devant Maître Oscar Deregnaucourt, notaire à Brugelette a comparu Madame Emilie Bécart, épouse assistée de Léon André tous deux cultivateurs , demeurant autrefois à Husseignies et maintenant à Ath. Laquelle a déclaré vendre à Monsieur Magloire André, cultivateur demeurant à Husseignies, le bien suivant sis à Husseignies : une maison de ferme, dite la Tourette avec appendances et dépendances Champ des Fourques, section A N°303b,326,328b,329c de la contenance de 3Ha 1are60 cta tenant au chemin de Husseignies à Blicquy, à Duquesne, à Marbaix et à Frizon (Minutes de la famille André)

A noter qu’il n’y a pas de parenté entre Léon André d’Ath et Magloire André d’Husseignies.

  • Le bien passe ensuite par héritage à Joseph André, fils de Magloire André.
  • Ce seront les enfants de Joseph André qui auront la charge vers 1950 de commencer à démolir ce qui fut un important domaine agricole de Huissignies. Les dernières ruines des dépendances furent définitivement rasées en 1967. 

Les dernières ruines de la Cense de la Tourette début des années 60img305.jpg

La Cense de la Tourette (1ère partie): Propriété de la noble famille Dessuslesmoustier-Boveckerke

 

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Photo du « Court Tournant » prise au début du 20ème et qui laisse apparaître dans le fond l’imposante « Cense de la Tourette »

Disparue du paysage de la rue de l’église depuis le début des années 70, la cense de la Tourette (appelée aussi dans la langue du village Ferme Bécart) imposait de par son volume et son étendue.

Localisation: elle se situait à l’endroit où ont été bâties les maisons Horlait-Wildeman, Nisolle-Bernard  et Dugauquier-Dath.

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Photo de 1980, sur laquelle apparaîssent encore les murs d’enceinte de la Cense de la Tourette

( Photo de Ovide Canseliet)  

La première vision de cette demeure chargée d’histoire apparaît sur la peinture à la gouache réalisée par Adrien de Montigny vers 1550 et extraite des albums de Croy. Cette vue panoramique du village de Husseignies (en cartouche Heucegney) permet de discerner parfaitement la silhouette de la ferme dont la tourette domine largement au dessus de la toiture.( Juste à côté l’église, à sa gauche)

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Sous la féodalité, cette ferme seigneuriale, juridiction de Ladeuze (Seigneurie d’Hardempont) avec son moulin à vent situé à quelques centaines de mètres, ses terres et ses près, ses aulnaies, constituait un fief important de la seigneurie d’Hardempont, seigneurie secondaire de Husseignies, enclavée dans le dit village. De la tour de guet, le censier pouvait surveiller ses terres et l’ardeur de ses valets qui y travaillaient, de là il pouvait aussi voir tourner son moulin à vent.

Cet important domaine agricole de plus de 30 bonniers (1 bonnier = 1.26 Ha suivant la région) était une ferme en carré, fortifiée avec tourette, muraille d’enclosure, pigeonnier et porche d’entrée avec armoirie en clé de voûte. Bâtie sur 10 journelles (1 journelle = 32 ares) dont 7 journelles 40 verges sont des fiefs relevants de la seigneurie d’Hardempont. Il y avait un fief de l’abbaye de Saint-Ghislain.

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La Cense de la Tourette sur le plan Ferraris (1770)

La ferme a été bâtie par la noble famille d’origine flamande Dessuslesmoustier et connue anciennement sous le nom Bovekercke. Cette famille s’établit au début du XVème siècle dans le comté du Hainaut où elle occupa à partir de ce moment une position distinguée. Dès 1424, elle donne plusieurs échevins à la ville de Mons.

Le porche d’entrée arborait en son cintre le blason de la famille Dessuslesmoustier Boveckerke aujourd’hui conservé par la famille Dugauquier-Dath : Armes d’argent à deux bandes de sable. Cimier : un buste de more tortillé d’argent et habillé aux armes de l’écu. Une annotation en bas du blason rappelle que la famille s’appelait Bovekercke (boven de kerk) qu’elle a traduit par « par-dessus le moutier » (mot ancien désignant l’église paroissiale). La date de 1719 figure aussi en bas du blason et laisse supposer que le porche fut construit à cette date.

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Si on ne connait pas exactement qui fut à l’origine de cette construction, par contre on en connait plus sur la descendance de la noble famille qui occupa en dernier lieu la ferme. Thomas Dessuslesmoutier, Seigneur de Broeucq né le 11 octobre 1682 à Grandmetz épousa Marie Isabelle de Mesnage née à Mons le 22 août 1691; le couple s’établit à la ferme de la Tourette où naquirent leurs 11 enfants (entre 1720 et 1732) dont 9 survivront. Ils naquirent tous à Husseignies et y furent baptisés. Les archives témoignent de l’énergie et du dévouement qu’Isabelle dépensa sans compter pour établir ses enfants honorablement.

Elle sacrifia sa résidence de la Tourette pour permettre à son fils aîné Jacques Antoine de se mettre au service du roi et de lever une compagnie d’infanterie wallonne au service donc des Pays-Bas autrichiens; un noble se mettant au service du roi levait des soldats qu’il devait équiper et payer. Il fut incorporé au 38ème régiment d’infanterie de Ligne pour lequel il devint capitaine major au service impérial et commandant de la ville de Damme de 1760 à 1781. En 1782, après 40 ans de bons et loyaux services militaires, il introduit une demande auprès de l’empereur d’Autiche pour accéder au titre de baron. Il mourut en 1792 à Mons quelque temps après le décès de sa fille Catherine.

Deux autres de ses frères embrassèrent aussi la carrière militaire tandis qu’un autre frère et les sœurs entrèrent en religion ; ces dernières au couvent de Ath.

Après la vente de la ferme et d’une partie du domaine, la veuve Dessuslesmoustier se retire en la ville de Mons.

2 documents à propos de la généalogie des Dessuslesmoustier……

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Prochaine rubrique: L’après Dessuslesmoustier……. 

Les briqueteux de Huissignies (2ème partie)

                                L’organisation d’un chantier de fabrication de briques 

Au printemps commençait la campagne, les équipes se mettaient en place : souvent 7-8 hommes, « un gamin » et parfois une femme autour de la presse mécanique.

La tâche préliminaire consistait à enlever la couche de terre arable pendant l’hiver, cette terre étant impropre à la fabrication d’une brique.  

Ensuite, avec une rasette spéciale (ou grattoir) , un ouvrier agenouillé raclait le talus de haut en bas par un va et vient régulier des bras…un sacré travail de musculation !

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Ouvrier avec sa rasette et son tas de terre

De façon à obtenir une terre homogène, on la prélevait à divers endroits, ensuite on la remuait à la houe et on l’ humidifiait au besoin. Pour homogénéiser la préparation de terre, on la « pestellait » à pieds nus (on la foulait en l’écrasant à pieds nus). Quand elle est bien mélangée, on la laisse en tas jusqu’au lendemain.

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Equipe de briquetiers, l’extraction de la terre et le raclage des talus

La terre ainsi préparée est chargée avec la large pelle sur une brouette à planches latérales et amenée sur le lieu de moulage par l’ »brouteu » (l’ouvrier chargé de conduire la brouette). De longues plates bandes de roulage en tôle d’acier servaient de chemin de roulage aux brouettes équipées de roues cerclées d’un bandage en fer.  

Cette terre bien préparée était ensuite pelletée et jettée dans la presse qui était installée le plus près possible sur de lourds madriers en bois .

C’était un travail d’équipe organisé, chacun avait sa place et son rôle. Il y avait le chargeur, le presseur, le démouleur et le brouetteur. S’ajoutait un gamin de service (eul djambo) qui devait jeter une poignée de sable dans la presse pour éviter l’adhérence aux parois. Ensuite, le mouleur actionnait un long levier (ou une manivelle) pour presser la terre dans le moule double et une fois l’action terminée, on relève le levier et apparaissaient les 2 briques moulées.

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Briquetiers au travail à la presse à main. Un chargeur la pelle en main, un autre au levier (le mouleur) , un gamin pour le placement des briques moulées sur la brouette, et le dernier homme à droite pour le transport et la mise à sècher 

Le gamin retirait les 2 briques et les plaçaient sur une brouette spéciale, à large plateau et dotée d’un dossier, et on recommençait l’opération de moulage jusqu’à la fin de la journée.

Une fois la brouette remplie, un ouvrier l’emportait et disposait les briques « crues » en une haie cad en claire voie pour qu’elle s’assèchent. On va donc constituer des espèces de murailles hautes de 1.20 à 1.50m et de 4 briques d’épaisseur. Les briques sont posées à chant en quinconce et non jointives pour assurer un maximum de ventilation. La haie était abritée et protégée de la pluie par des paillassons de paille de seigle. Il n’était pas rare lors de violents orages nocturnes qu’il faille se lever en catastrophe et venir renforcer la protection des haies.

Les briques vont ainsi sècher lentement pendant quelques mois jusqu’à la cuisson.

La cuisson

Les équipes de cuisson étaient constituées de 7 à 8 personnes plus un « gamin » et se reproduisait 3 ou 4 fois par campagne suivant les besoins.

Première étape: le cuiseur (eul cuiseu) doit d’abord estimer le volume de briques à cuire et trace sur le sol le plan de base du four en rapport avec le volume; le principe étant d’ éviter de donner une trop grande hauteur au four de cuisson.

On façonne ensuite le pied du four ou sole du four: sur une hauteur de 60 cm on monte un mur de briques (6 tas) précuites lors d’une cuisson précédente. On laisse des espaces vides entre les briques pour faciliter la ventilation et le tirage nécessaire à la bonne combustion du four. On ménage des sortes de tunnels horizontaux communiquant à des puits verticaux de la largeur d’une brique. Ces puits seront ensuite remplis de charbon de bois et de gaillettes cassées pour le démarrage du feu.

Le 6ème tas est recouvert de charbon fin sur toute sa surface. Au moyen de fagots et de paille enfoncés dans les tunnels, on mettait le feu qui gagnait assez rapidement toute la surface du four par les galeries aménagées. Le feu était préparé à côté du four.

Les « brouteus » amènent des briques crues au « cuiseu » qui les étalle côte à côte sur chant et sur le charbon fin.

Tous les 3 tas, on étalle une couche de charbon fin que l’on apporte dans des « mantes à carbon », mannes d’osier remplies de charbon en combustion que l’on se passe de main en main depuis « eul cartcheu » (le chargeur) qui les remplit au tas jusque finalement tout en haut de la fournée.  

Chaque soir, on crépit la face extérieure des tas posés durant la journée avec de l’argile mélangée de paille hâchée; ce mélange se faisait pieds nus.

La chaleur est ainsi maintenue à l’intérieur du massif et les briques à l’extérieur sont ainsi bien cuites. La paille sert de liant au mélange plafonné et l’évite de se crevasser.

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1910. Edification du four à ciel ouvert. A remarquer: l’enduit sur la surface du four, la corbeille en osier pour la manutention du charbon, les 4 briques que l’on s’apprête à lancer au-dessus. 

Le réglage du feu intérieur du four se fait en bouchant ou en ouvrant les tunnels d’arrivée d’air au pied du massif suivant la direction du vent.

Lorsque le four prend de la hauteur, on y place un échafaudage mobile, constitué de planches posées sur des crampes, barres de fer assujetties dans la masse des briques. Les ouvriers juchés sur ces planches travaillent « à pont » et reçoivent les briques et les paniers de charbon qu’ils transmettent à ceux qui les disposent sur le dessus de la fournée.

Briquetiers Prép. de la cuisson Alph.Renard 2ème gauche en bas, léon Duquesne au centre françois Massy à Flénu (Copier).jpg

Equipe de briqueteux d’Hunchenies au travail d’édification d’un four (voir l’échaffaudage et l’ouvrier dit « de pont » qui assure le passage des briques vers le haut du four) 

On entretenait le feu en ajoutant régulièrement du combustible par des trous pratiqués dans les murs ou dans les voûtes.

Il faut mentionner que ce travail en pleine nature était cependant polluant pour le personnel ! En effet, au début de chaque journée se dégageait autour du four des gaz de combustion du bois et du charbon, et pour remédier à ce fait, ils se dépêchaient à monter de 2-3 lits de briques pour couvrir cette nappe de gaz.

Lorsque la fournée est terminée, on couvre d’une épaisse couche de cendrée ou de sable afin d’isoler complètement le feu et le forcer à couver.

Le chargement d’un four pouvait prendre 8 à 10 jours et la cuisson d’une fournée durait près d’un mois ; il arrivait que lors du défournement après refroidissement que le centre du massif soit encore rouge.

Les travailleurs étaient chaussés de gros sabots de bois à semelle épaisse pour se protéger du feu.

Le bon résultat dépend du chef cuiseur qui doit non seulement conduire son feu depuis le début, le maintenir en assurant le tirage optimal, mais aussi éviter des affaisements qui pourraient se produire à cause d’une mauvaise répartition du feu dans le four.

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                                                Triage et vente


La répartition de la température dans ces fours n’était pas régulière et le degré de cuisson variait d’une brique à l’autre, ce qui engendrait des différences de couleur et de qualité. Il fallait donc les trier lors du défournement après le refroidissement du four (ce travail s’effectuait dans des conditions insalubres en raison de la grande quantité de cendres qui recouvraient les briques).

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Un mur de briques anciennes….une incomparable variété de couleurs châtoyantes!

Celles correctement cuites (premier choix) étaient réservées aux parements.

Celles insuffisamment cuites (les briques pâles, roses claires) étaient destinées aux maçonneries des murs intérieurs de la maison, où elles ne risquaient pas le gel.

Les briques surcuites, (ou « boulies »), et ayant souvent perdu leur forme régulière (des chabots), étaient utilisées pour les fondations ou pour les maçonneries où une résistance mécanique élevée était souhaitée. Elles étaient aussi moins perméables à l’humidité ascencionnelle.

Après la guerre 14-18, la reconstruction de bâtiments battait son plein d’où une demande importante de briques. La production avait beaucoup de peine à remplir la demande ; les briques étant même chargées toute chaudes dans les tombereaux de transport. Le prix des briques était calculé au mille et étaient comptées à haute voix lors du chargement.

Il est à mentionner que les briqueteries étaient classées dans la catégorie des établissements dangereux. Pour cette raison, de nombreuses conditions entouraient leur installation et une enquête commodo et incommodo était réalisée avant que le collège des bourgmestres et échevins puissent délivrer une autorisation.

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1938: Le dernier chantier de la briqueterie Labie à Huissignies au lieu-dit « Mont Bruneau »

De gauche à droite: Marcel Labie, Mariette Lorphèvre, Alfred Labie, Oscar Labie patron briquetier; assis: Sylva Labie (Père de Marcel), Jean Bergeret et André Labie. A noter, le sèchage des briques crues en haies.

Après la 2ème guerre, les briqueteries temporaires disparurent et furent remplacées par des briqueteries fixes industrialisées à four continu.

Ainsi s’arrêtera l’ère des briquetiers itinérants……!

Sources: Témoignage de Paul Meurant, Briques et briquetiers (Musée de la vie rurale Huissignies). Les briqu’teux de Robert Arcq (Edition de l’association littéraire wallone de Charleroi). Les briqueteux par Marcel Labie. Coup d’oeil sur Beloeil ASPB N°152  2017/4. Photos de la collection du musée de la vie rurale Huissignies et de la famille Abel et Elie Labie.

Les briqueteux de Husseignies (1ère partie)

 Briquetier, un métier bien de chez nous…. !

Pour la construction, l’homme a toujours utilisé les matériaux que la nature mettait à sa disposition dans son proche environnement.

Ainsi, dans le sud du pays au sol riche en pierres, ces dernières se retrouvent dans l’architecture ardennaise. Plus près de chez nous, à Grandglise les carrières de sable ont fourni les sabourets de sable (ou cailloux de sable) et de nombreuses maisons locales ont été construites avec ce matériau.

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Chantier de briques au 15ème siècle (Nederlandische bijbel Utrecht)

A Huissignies, pas de pierre ni de sable, mais par contre un sol riche en limon et en argile, matériau d’excellence pour la production des briques.

C’est à partir du moyen-âge que la brique cuite apparaît. Néanmoins et malgré son prix de revient abordable, les petites gens continueront à utiliser le bois et le torchis jusqu’au début du 19ème siècle.

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Maison partiellement en torchis à la rue de l’église, aujourd’hui détruite

Au 19ème, on utilisait carrément la terre retirée des fondements des caves pour réaliser un chantier temporaire de production de briques, y compris la cuisson. Ainsi pour la construction de l’église fin 18èmedébut 19ème, un chantier fut improvisé dans la prairie entre l’église et la Hunelle. 

Des petites entreprises familiales se sont ainsi spécialisées dans la production locale et régionale de briques…c’était comme on disait des familles de « briqueteux » !

Certaines équipes partent le lundi vers 5 h du matin pour regagner le Borinage pour y fabriquer les briques et reviennent le samedi vers 18 heures; ils logeaient durant ces 6 jours dans des baraques disposées sur les chantiers. Une équipe était généralement formée de 8 personnes dont souvent un gamin de 12 ans.

Parmi ces familles on retrouve, avec les sobriquets de l’époque, les « Piotcher » (Labie), les « Grands Jules » (Duquesne), les « Barbins » (Dubrunquez).

Nos briquetiers régionaux qui ont acquis une solide réputation iront même à l’étranger. C’est par milliers qu’ils partiront en France et même beaucoup plus loin.

Briquetiers à la presse Alph. Renard et François Massy 1905 (Copier).jpg

Alphonse Renard et François Massy, 2 briqueteux de Husseignies en 1905

Une campagne de briques durait environ du 15 mars au 15 septembre. Les équipes de briquetiers alternaient en général campagne de brique et campagne de sucrerie.

Au début du XXème siècle, l’instituteur Meurant fut le premier à prendre l’initiative de lancer une briqueterie  à Husseignies au chemin de Canteleux avant la ferme du Risqu’à tout.  

Dans la continuité, Labie Oscar exploita vers 1925 un talus qui s’y prêtait bien à la rue Notre-Dame des Champs, plus précisément à la jonction avec la rue de Canteleux. Ce chantier se perpétua jusqu’à 1945, il exploita aussi d’autres chantiers à Ellignies-Ste-Anne et à Beloeil

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Alfred Labie, fils d’Oscar, dernier entrepreneur briquetier de Huissignies et la presse mécanique vers 1940

Les briqueteux étaient payés à la production; vers 1925, on estimait le salaire brut entre 30 et 35 francs le mille briques. Toutefois, le prix pouvait varier en fonction de la difficulté du chantier (épaisseur de la veine d’argile, nouveau chantier à exploiter, difficulté d’approvisionnement d’eau…etc). Il faut aussi mentionner qu’en raison d’un temps de travail de 15 heures par jour, une équipe façonne en moyenne 1 million de briques sur une campagne de 6 mois.

La matière première et autres matériaux 

C’est d’abord l’argile (eul gaune terre) à laquelle on peut ajouter un peu de sable car dans notre région l’argile était jugée trop grasse.

L’argile était tirée à l’aide d’une longue bêche dite terrassière au fer long (+- 50 cm) et étroit au début de l’hiver. L’ouvrier devait suivre scrupuleusement la veine d’argile et ne pas prélever la couche de marne sous-jacente. L’argile était laissée à même le sol tout l’hiver en couche de faible épaisseur; les intempéries « eskettent les ruques » (cassent les agglomérats d’argile plus dures).

Une autre matière première est l’eau qui utilisée en grande quantité était le plus grand souci des briquetiers. Quand la nappe n’est pas trop profonde, on fait appel à un puisatier qui creuse un puits sur le lieu d’exploitation de l’argile. On remonte alors l’eau avec un seau, une corde et une poulie. Si un ruisseau coulait dans l’environnement proche, ils construisaient un chenal, que l’on remplissait d’eau au fur et à mesure, vers le chantier. 

Le charbon qui servait de combustible pour le four de cuisson des briques. Il était acheminé par tombereaux de 1500 à 1800 Kgs. Le charbon était déchargé le plus près possible du four de cuisson. Il était livré sous forme de gaillettes qu’ils cassaient au marteau pour le réduire en divers calibres jusqu’à la forme la plus fine, le poussier.

La paille de seigle pour confectionner les claies ou paillassons. Ces derniers étaient confectionnés avant la campagne et servaient à protéger contre les intempéries les briques qui sèchaient.

Du bois pour l’allumage du four de cuisson.

Les perches, genre perches à houblon qui servaient à protéger la briquetterie avec les paillassons lors des tempêtes de fortes pluies et de vents.

Enfin sans oublier….la bière en tonneau pour abreuver tout le personnel. Le tonneau était entreposé avec précaution dans une cavité creusée dans le talus, à un endroit ombragé recouvert d’un paillasson et arrosé si nécessaire quand il faisait trop chaud. 

Briquetiers à Flénu 1905 Patron Dumonceau (Copier).jpg

Equipe de briqueteux à Flénu chez les patrons Dumonceau 1905

Prochaine rubrique: L’organisation d’un chantier et la cuisson des briques.

Sources: Témoignage de Paul Meurant, Briques et briquetiers (Musée de la vie rurale Huissignies). Les briqu’teux de Robert Arcq (Edition de l’association littéraire wallone de Charleroi). Les briqueteux par Marcel Labie. Photos de la collection du musée de la vie rurale Huissignies.